Les carnets de Sophie

Mont Logan (Canada)

Projet Baseline Glacier Biodiversity (phase 4)
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Chers amis, chères amies,

De retour de l’expédition au mont Logan, les idées et les souvenirs se bousculent encore dans ma tête, quelques jours seulement après le sommet.

Trois choses restent profondément gravées : l’isolement absolu, cette immensité de glace à perte de vue, le froid intense et constant et l’énergie qu’il faut déployer en permanence pour progresser d’un camp à l’autre.

Cette expédition a été une expérience nouvelle et unique, très différente de l’Himalaya. Après la dépose en petit avion sur le glacier, on se retrouve seul. Avec les skis et les pulkas, la progression se fait autrement : une première montée vers le camp supérieur pour déposer du matériel et nourriture (on est parti avec 21 jours de nourriture) dans des caches creusées dans la neige, puis une deuxième rotation pour déplacer entièrement le camp — deux tentes, une petite tente cuisine et la tente toilette. Jour après jour, nous avançons ainsi dans cet univers immense et sauvage.

L’ambiance était belle, avec une petite équipe formidable : Ulysse derrière la caméra, Pascal et David, notre guide québécois, qui a réalisé un travail remarquable. Sa parfaite connaissance de la montagne nous a beaucoup aidé, notamment lors des épisodes de mauvais temps et de brouillard.

Dès le camp 1 à 3300m, nous avons eu une tempête de dingue, avec des rafales à 150 km/h. Une après-midi entière à tenir la tente, en croisant les doigts pour qu’elle ne s’arrache pas. Grâce aux murs de neige et à la rigueur de David, qui nous poussait à protéger soigneusement chaque camp, on a eu aucun dégât !

Le froid, lui, a été un compagnon permanent et complique absolument tout. À ces températures, tout gèle, tout casse. Un matin, j’ai ainsi cassé une fixation de ski à cause de la glace. Par miracle, elle a continué à fonctionner suffisamment pour que nous puissions poursuivre. Sans ça, l’expédition aurait probablement pris fin à cet instant.

Cette aventure m’a également rappelé à quel point les progrès du matériel et des technologies embarquées sont devenus précieux dans les environnements extrêmes. Les chaussettes chauffantes et les overboots en néoprène ont vraisemblablement permis d’éviter des gelures.

Ce qui rend le froid particulièrement trompeur au Yukon, c’est que nous évoluons à proximité du 60e parallèle et qu’il n’y a presque pas de nuit. Entre 3 et 4 heures du matin, la lumière baisse à peine avant que le jour ne reprenne ses droits. Le soleil est presque tout le temps là, mais c’est un soleil glacé qui ne réchauffe pas. L’impression visuelle est celle d’une belle journée lumineuse mais le thermomètre est toujours proche de -30 °C.

Petit à petit, nous avons progressé jusqu’au camp 4 sur le plateau sommital après le passage du Prospector Col à 5500m. Puis une fenêtre météo, accompagnée de quelques degrés supplémentaires, nous a finalement offert notre chance. Le sommet n’était pourtant pas acquis. À 250 mètres sous le point culminant, rien n’était encore joué, vent, aucune visibilité, 2 heures dans un abris de fortune en pleine pente pour attendre que le vent baisse un peu. Mais on a tenu bon et avons finalement atteint le toit du Canada le 2 juin à 17h45 sur cette belle arête sommitale après 9 heures d’ascension.

Une belle descente à ski, aucune blessure, aucune gelure, le top et 3 heures plus tard on était de retour au Camp 4 !

Cette immersion dans le Grand Nord va rester gravée et figurera parmi les expéditions les plus engagées que j’ai vécues ces dernières années.

Un immense merci à Ulysse pour son aide, sa complicité et son regard derrière la caméra, ainsi qu’à David pour son expérience précieuse, sa bonne humeur de bon matin et sa maîtrise du terrain !

Les quelques images jointes reflètent bien l’atmosphère si particulière de cette aventure : un univers immense, exigeant et fascinant.

Malgré les conditions extrêmes, nous avons réussi à prélever des échantillons de glace à trois endroits différents sur la montagne. Le filtrage à des températures négatives a constitué un des challenges techniques marquants de ce trip. Ce n’est pas pour rien que le projet s’appelle Baseline – Glacier Biodiversity Challenge !

Merci pour votre fidélité et votre soutien dans ces aventures qui continuent de mêler exploration, dépassement de soi et science participative. 😊

Au plaisir d’échanger avec vous très bientôt.

Je vous embrasse.

Amitiés,

Sophie

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Vivez les sommets autrement

Des films, des livres et toujours la même envie : partager ce que l’on ne voit pas à 8000 mètres. Ces récits montrent les coulisses, les visages, les choix. Ils donnent à voir ce qu’une image ne dit pas toujours : l’effort, le doute, la résilience, la beauté brute.