Manaslu_2017

Nous avons atteint le camp 4 à 7430m le 30 septembre dans des conditions épouvantables, un vent avec des pointes à 60 km/h. Le doute est là et je vois l’échec se profiler. De l’autre côté de la planète, à Chamonix, Yan Giezendanner, m’envoie ses bulletins météo 2 fois par jour. Lui est confiant, « ça va le faire, m’écrit-il, le vent va tomber cette nuit ». Beaucoup de grimpeurs redescendent, «  too much wind, not possible »… et nous nous installons tant bien que mal dans notre tente. On égraine les heures en se faisant balloter, évidemment, impossible de dormir avec ce bruit. L’ambiance est particulière. De plus, Sangay est tombé malade entre le camp 1 et 2, il a vraiment souffert pour atteindre le camp 3 et sa décision est prise de ne pas continuer pour ne pas compromettre mon sommet. Un jeune sherpa, Nima, prend la relève. Le doute s’accentue…

Dans notre tente au camp 4 les heures passent, et en effet le vent se calme. Lakpa Temba, Alex, Nima et moi décidons de partir pour le sommet à 1h30 du matin, les étoiles sont là et le ciel est calme. Ces quelques heures d’accalmie nous permettent de bien progresser mais le froid et la fatigue gagnent Alex qui décide de faire demi-tour avec Nima. Avec Lakpa Temba nous atteignons le VRAI sommet du Manaslu dans de bonnes conditions à 6h50 le 1er octobre 2022. Ce fameux VRAI sommet qui a fait couler tant d’encre ces derniers mois. Nous sommes presque seuls au sommet. Incroyable quand on sait qu’il y a environ 400 permis enregistrés cette saison !. Quelques photos plus tard nous entamons la descente, retrouvons Alex au camp 4 et Sangay au camp 3. Tous ensemble nous redescendons jusqu’au camp de base. Malgré une saison bien chaotique, cette accalmie de quelques heures dans la nuit nous a permis de se faufiler jusqu’au magnifique sommet du Manaslu à 8163m. Merci Yan !

Sophie

Kathmandu le 6 octobre 2022

« Merci Yan Giezendanner !
Retour sur ce “summit push” du Manaslu… Je dis toujours, tant que je n’ai pas les deux pieds au sommet je doute et ne sais pas si je vais y arriver… Non pas que je ne me sens pas capable mais il y a tellement d’imprévus possibles que ce n’est jamais gagné d’avance.

Une fenêtre se profile les 26, 27 et 28 septembre. Avec Na Dorjee nous décidons de partir le 23 pour le camp 1. Il y a eu des chutes de neige les jours précédents et lorsque nous arrivons à nos tentes, quelle surprise de les trouver totalement défoncées et ensevelies sous une grosse neige lourde ! Plusieurs arceaux sont cassés. Un temps infini nous est nécessaire pour dégager l’accès et récupérer les affaires laissées à l’intérieur. Par radio nous interrogeons nos voisins de tente qui ont un jour d’avance et qui nous autorisent à “squater” dans leurs tentes… Ça commence bien !…

A 5 h du matin, nous nous extirpons de notre tente pour monter directement au camp 3. La majorité du camp est encore endormie et nous avons la voie pour nous. Après une sieste au camp 2, nous continuons jusqu’au 3. Rebelotte, la tente est totalement enfouie sous la neige mais étant plus haut, la neige et beaucoup plus légère et la tente n’est pas abimée. Quelques heures plus tard, nous accueillons le reste du groupe avec des pop-corn et du thé. Je consulte Yan pour la suite, “un peu de vent entre 7000 m et 7500 m mais rien de méchant”, selon lui…

Le lendemain, même stratégie, alors que le camp dort encore, nous partons à 5h30 direction camp 4. Le vent est bel et bien au rendez-vous et selon moi bien plus fort que prévu. Une belle bataille pour atteindre le camp 4 à 7425 m d’altitude. Impossible avec ce vent de monter une tente. Nous nous engouffrons dans la première tente vide que nous trouvons. Inquiète, j’appelle Yan, mais lui ne “voit” pas un tel vent sur ses écrans… “Ttu peux y aller… cette nuit, il n’y a pas de vent au sommet !!!…”.

Les filles du groupe viennent me voir . “what do we do Sofi Didi =??”. Le doute…que faire ?

Attendre 24 heures ou tenter. A minuit, ça souffle encore mais n’ayant pas dormi je décide de tenter car 24 heures dans la tente à attendre ballotés comme dans un shaker risque plus de nous épuiser que de tenter dans la foulée.  Je passe le mot, les filles partent vers 1h00 et nous partons avec Na Dorjee à 2h30. Yan avait raison, après une belle lutte les premières heures, le vent tombe avec les premières lueurs du jour. Vers 8000 mètres, nous troquons lampes frontales contre lunettes de soleil. L’arête sommitale est enfin en vue, personne, le sommet est à nous, le pas est lent et la fatigue bien présente mais le doute s’estompe, je vais y arriver ! J

Nous profitons de ce magnifique sommet avec des conditions parfaites et tranquillement, avec des pauses et démontage des tentes, 10 heures plus tard, nous sommes au camp de base ! Stratégie, confiance, décisions, un sans-faute… Merci Yan ! »

Sophie

3 octobre 2017

visitez le site de Norlha : http://norlha.org/fr/sophie-lavaud-destination-kangchenjunga-au-nepal/

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Partie le 23 septembre, Sophie a passé la nuit au camp 1 ( 5770 m),  puis une autre au camp 3 (6700 m ) le 24 septembre. Malgré le vent elle atteignait  le camp 4 (7430 m) le 25 septembre.

Après une nuit très agitée à cause de ce maudit vent, Sophie est partie pour l’ascension finale à 2h30 du matin le 26 septembre. Le vent a finalement cessé et  Sophie, ses 4 autres compagnes féminines ainsi que les sherpas atteignaient brillamment le sommet  du Manaslu (8163 m).

Cette nuit Sophie dormait au camp de base après avoir descendu les 3500 m de dénivelée !

Il faudra patienter jusqu’à son retour à Katmandou, qui ne saurait tarder 🙂  pour les photos ainsi que le récit détaillé.